Médiation géologique de terrain

Recherches en Didactique des Sciences de le Terre

Problématique

Nos questionnements s’organisent autour des usages du récit dans des situations d’éducation non-formelle telles que les sorties géologiques sur le terrain. Ces situations, prises en charge le plus souvent par un « médiateur », mobilisent systématiquement des procédés narratifs, qui selon nous peuvent répondre aux deux enjeux principaux de la communication scientifique sur le terrain :

  • un enjeu médiatique qui impose au médiateur de captiver son public
  • un enjeu didactique car la géologie mobilise nécessairement des objets de savoir

Nous voulons donc questionner le récit dans ses situations particulières, en analysant ces deux axes.

AXE MÉDIATIQUE

En quoi le récit guide-t-il la démarche de vulgarisation du médiateur ? Quelles spécificités le réel de terrain impose-t-il à cette approche censée adapter le discours ? Comment les différentes formes de narration permettent-elles au médiateur de mobilier des savoirs et concepts géologiques perçus souvent comme peu accessibles ? Comment, par le récit, le médiateur prend-il en compte les obstacles à la compréhension des processus géologiques ?

AXE DIDACTIQUE

Deux questions majeures se posent dans ces situations de terrain :

  • Comment le médiateur engage-t-il la construction d’un registre empirique partagé ?
  • Comment prend-il en charge la démarche propre aux situations de terrain, que l’on considère comme une démarche historique ?

La co-construction d’un registre empirique partagé

Le réel de terrain est constitué des objets géologiques dans leur cadre naturel. Ces objets n’existent pas en tant que tels. Ils sont le résultat d’une construction mentale qui se fait par confrontation des indices de terrain « observés » et des représentations que chacun se fait de ces objets.

Pour le médiateur face à son public, l’enjeu est donc de se mettre d’accord sur ce que l’on voit dans ces situations de confrontation au réel de terrain. Il s’agit de construire ensemble un registre empirique commun, ce que nous avons désigné sous l’expression « co-construire un registre empirique partagé ». Les objets « premiers », issus d’une observation non encore questionnée, évolue vers des objets seconds , qui acquièrent ainsi le statut véritable d’objet géologique.

Nous voulons montrer que la construction de ces objets géologiques ne peut se faire que par une approche rationnelle qui présente des spécificités du fait qu’elle se met en place « in situ ». La prise en compte des représentations et des obstacles propres à l’acquisition des concepts géologiques, dans le discours du médiateur se révèle délicate dans ses situations de terrain.

La démarche historique

La démarche de terrain, dans le mesure où elle se construit à partir des indices que l’on trouve sur des affleurements géologiques, consiste en une reconstitution d’une histoire géologique accomplie. Si une approche phénoménologique est inévitable (mise en évidence de phénomènes, en général de nature cyclique, par une démarche dite fonctionnaliste), cette reconstitution repose avant tout sur une mise en cohérence des indices de terrain afin d’organiser dans le temps linéaire, les événements qui constituent l’histoire géologique. Cette démarche de terrain est donc une démarche historique (mise en évidence d’une succession d’événements contingents le long d’un histoire unique et révolue, le long d’un temps linéaire).

Nous souhaitons explorer les modalités de mise en place de cette démarche historique dans le cas particulier des situations d’éducation non-formelle que représentent les sorties géologiques sur le terrain. La narration représentant le mode de communication scientifique caractéristique de ces situations informelles, nous souhaitons mettre en évidence comment la mise en récit prend en charge la démarche historique, notamment lorsqu’elle mobilise le principe structurant de l’actualisme méthodologique.